Trash 2

iZotope présente Trash 2 comme un outil permettant de salir, encrasser, souiller, dégrader et même détruire les sons. Et c’est vrai mais réducteur ; ça inciterait même certains utilisateurs à passer leur chemin. Disons plutôt que Trash 2 est annonciateur du chaos sonore : tout commencera par un frémissement imperceptible, puis une oscillation insidieuse se changera en vibration sauvage, suivie d’une excitation incontrôlable qui mènera à la déstructuration définitive du son. Avec Trash 2, iZotope vous permet de stabiliser ce processus où bon vous semble avant l’emballement final. Et là, l’envie d’en être revient irrésistiblement…

On télécharge les exécutables de 30,6 MB (plugin) et 2,6 MB (extension). Pour le format du plugin sous Windows, vous avez le choix entre DirectX, Pro Tools, VST 32 bits et VST 64 bits, le tout pour 195 euros. Les différents plugins offrent une polyvalence appréciable qui permet de disposer de Trash 2 dans différents environnements de travail. Vous pouvez utiliser Trash 2 sans limitation pendant 10 jours, après quoi sa sortie restera muette jusqu’à ce que vous l’achetiez, auquel cas vous pourrez l’activer par autorisation en ligne, challenge/réponse ou iLok.

Préliminaires

Au premier démarrage, le gestionnaire de presets (Preset manager) s’ouvre en surimpression du plugin. Il propose de classer les presets dont la liste comporte plusieurs répertoires nommés Aggressive, Experimental, Heavy, Percussive, Subtle et Utility. A cela s’ajoutent les presets de l’extension classés dans un répertoire logiquement baptisé Edge.

Izotope Trash 2

Le gestionnaire de presets offre de classiques boutons d’ajout, suppression et création de répertoire, ainsi que quelques fonctionnalités plus avancées pour copier vos réglages dans le preset sélectionné, pour écouter la différence entre le paramétrage originel et les modifications que vous avez effectuées et pour modifier le chemin d’accès au répertoire des presets.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons que, comme les traitements de la dynamique (compresseur, noise gate, etc.), la saturation/distorsion change de comportement en fonction du niveau d’entrée. Donc tout commence par l’ajustement correct des niveaux, un vieux réflexe hérité de l’époque du tout analogique qu’il convient de cultiver. Et au cas où le signal dépasserait occasionnellement le maximum numérique en sortie, Trash 2 est doté d’un limiteur qui évitera l’écrêtage audible.

Morceaux de choix

Izotope Trash 2

Trash 2 est composé d’une série de sections de traitements représentées dans la fenêtre Graph. On trouve les sections FILTER 1 (égalisation), TRASH (distorsion), FILTER 2 (encore égalisation), CONVOLVE (convolution), DYNAMICS (compression/gating) et DELAY. Il s’agit ici de l’ordre des sections par défaut, illustré par l’alignement des boutons en bas de la fenêtre du plugin. On peut modifier l’ordre des sections en cliquant sur Graph puis en déplaçant à la souris les différentes sections placées sur la ligne horizontale qui symbolise le trajet du signal. Tout est possible, y compris la mise en parallèle des deux sections FILTER !

Izotope Trash 2

Petit défaut d’ergonomie, l’ordre des boutons de section alignés en bas de la fenêtre du plugin est fixe, autrement dit il ne change pas en fonction du nouveau routing défini dans Graph. Instinctivement, on aura tendance à se représenter l’ordre des sections conformément à ce que suggère l’ordre des boutons, et il faudra donc revenir régulièrement à la fenêtre Graph pour bien s’imprégner de l’ordre actuel des sections, surtout si le routing utilisé est original. À la décharge d’iZotope, il faut admettre qu’il n’est pas évident de symboliser le fait que les deux sections FILTER sont parallèles à l’aide d’une unique rangée de boutons…

Les jeunes filtres en flirt

Izotope Trash 2

Les sections FILTER 1 et 2 sont identiques. Chacune est un égaliseur complet composé de six filtres dont on édite les paramètres numériquement ou graphiquement. On peut choisir la famille et le type de chaque filtre. L’éditeur nous donne l’embarras du choix puisque le menu propose sept familles de filtres : Rez (résonance), Vowel (voyelle), Screaming (euh, gueulard ?) ainsi que Clean, Synth, Saturated et Retro qu’il est inutile de traduire.

On l’aura compris, les familles ne classent pas les filtres par type mais par couleur sonore. A quelques exceptions près, on retrouvera donc chaque type de filtre dans différentes familles, ce qui permet de les décliner en différentes variations. Chaque famille comporte deux à six filtres : filtres en cloche, en plateau, passe-haut, passe-bas, passe-bande, plus deux filtres spéciaux pour le traitement des voix. Chaque filtre offre deux ou trois paramètres éditables : fréquence de 20 Hz à 20 kHz, amplification/atténuation jusqu’à +/-10 dB, résonance/largeur de bande, bref du classique.

En utilisation standard, la section filtres s’avère très pratique et a le bon goût d’appartenir à la famille des égaliseurs ni agressifs, ni gueulards. Quand on sait précisément comment égaliser le signal, par exemple parce qu’on veut juste corriger une bande de fréquences étroite de façon précise, on trouvera facilement le filtre approprié en piochant dans la famille Clean qui permet les traitements les plus neutres. Inversement, si l’on souhaite égaliser le signal pour l’embellir, on pourra par exemple dégraisser le bas du spectre avec le passe-haut neutre de la famille Clean, puis tester différentes variations de ce même passe-haut en piochant dans les familles Retro, Rez, etc. Les valeurs des paramètres éditables n’étant pas modifiées quand on passe d’une variation à l’autre, la couleur change mais le traitement reste à peu près le même. Voilà qui est pratique, même s’il faudra réajuster les paramètres parce que les différentes caractéristiques de pente et de résonance des variations ne sont pas neutres sur l’équilibre fréquentiel.

Mais la section FILTER ne se limite pas à une égalisation classique : chaque filtre est doté d’une partie modulation (désactivée par défaut) qui permet de réaliser une égalisation dynamique, c’est-à-dire dépendante du niveau du signal, et même de créer des effets de type « envelope follower ». Mais qu’est-ce qu’on entend par moduler un filtre ? C’est faire varier ses paramètres (fréquence, pente/résonance, amplification/atténuation) à partir d’une source de modulation qui, dans le cas de Trash 2, est soit l’enveloppe du signal, autrement dit son niveau, soit un oscillateur basse fréquence (LFO).

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La modulation du filtre à partir de l’enveloppe du signal offre des réglages de seuil, d’attaque et de relâchement, c’est-à-dire tout ce qu’il faut pour contrôler le comportement du filtre à partir de la dynamique du signal. Une chaîne latérale (bouton Sidechain) est également disponible pour contrôler la modulation du filtre à partir d’un signal externe, habituellement un instrument rythmique comme la grosse caisse ou le charley. Notez que le Sidechain de la version VST2 du plugin ne fonctionne pas dans mon Cubase 6.5. Il faudra donc utiliser la version VST3, à condition de disposer de Cubase 4.1 ou plus récent.

La modulation par LFO propose quant à elle un sélecteur de forme d’onde (sinus, carrée, dent de scie, triangle, bruit, etc.) et un réglage de fréquence qui détermine la vitesse de la modulation. A cela s’ajoute un bouton de synchro qui applique le tempo du séquenceur au LFO, auquel cas le réglage de fréquence se transforme en sélecteur de note (noire, croche, double-croche, etc., le tout en binaire, triolet ou pointé).

Izotope Trash 2

L’écran graphique de la section FILTER représente les filtres ainsi que leurs réglages, la courbe d’égalisation qui en résulte et le niveau du signal sur tout le spectre audible. Il permet de modifier tous les paramètres des filtres, y compris le type de filtre par clic droit. L’ergonomie est très bonne et on édite facilement tout l’égaliseur directement dans le graphique. Dès qu’on décide de moduler un filtre, la représentation graphique devient presque incontournable car elle permet de régler facilement la cible, c’est-à-dire l’état du filtre quand la modulation est maximale, et de visualiser l’évolution de la modulation. Ainsi, le graphique affiche un second filtre qui correspond à la cible et permet de régler tous ses paramètres (fréquence, pente/résonance, amplification/atténuation) : en quelques coups de souris, on peut réaliser un filtrage dynamique, par exemple pour atténuer progressivement une bande de fréquences donnée quand le niveau du signal dépasse un certain seuil et/ou pour créer des effets de type envelope follower, auto-wah, etc.

Au final, la section FILTER en elle-même s’avère très polyvalente. Et quand on considère que Trash 2 permet d’insérer librement deux sections FILTER indépendantes dans le flux de signal, en série avec n’importe quelles autres sections ou en parallèle entre elles, on comprend qu’on a énormément de possibilités. Pourtant, à l’usage, il apparaît que le but d’iZotope n’est certainement pas de multiplier les possibilités à l’infini, mais plutôt d’offrir un contrôle accru de la distorsion : on égalise le signal avant la section TRASH afin de mieux contrôler le comportement de la distorsion en fonction des fréquences, puis on utilise le second filtre après la section TRASH pour supprimer les pollutions et déterminer la couleur sonore de la distorsion (ou du son global). C’est un régal à utiliser.

L’intelligence du Trash mental

Un rapide coup d’œil à la section TRASH confirme qu’elle constitue le cœur du plugin. C’est ici que l’on peut saturer le signal, le distordre, voire même le démolir. Pour cela, on dispose de deux étages de distorsion dont on devine qu’ils ne sont pas uniquement destinés à tordre le signal jusqu’à ce que mort s’ensuive, mais plutôt à simuler une configuration réelle, par exemple celle d’un guitariste utilisant une pédale de boost/overdrive devant le canal Lead de son ampli.

iZotope Thrash 2

Les deux étages de distorsion sont identiques. Il sont composés d’une liste d’algorithmes de distorsion, d’un bloc de manipulation de la forme d’onde (Shape), d’une partie filtre (Filter) et d’un bloc d’édition des paramètres principaux de la distorsion. Les musiciens pressés pourront procéder de la façon suivante : on choisit d’abord un algorithme en sélectionnant une catégorie (Distort, Drive, Faulty, Fuzz, Heavy, Retro ou Saturate) puis une distorsion dans une liste comprenant 5 à 19 algorithmes selon les catégories. Ensuite, on règle les paramètres principaux de la distorsion, c’est-à-dire Pre pour le niveau d’entrée, Drive pour l’intensité de la distorsion, Gain pour le niveau de sortie du signal saturé et Mix pour la balance entre le signal source et le signal distordu. Certains algorithmes offrent un paramètre supplémentaire baptisé Style qui permet de tordre encore le son. Pour contrôler la distorsion, on pourra jouer sur le niveau d’entrée (Pre), sur le Gain et, le cas échéant, sur le Style, sachant que ce dernier paramètre a tendance à écraser et à voiler légèrement le son, tandis que le réglage de Gain reste très respectueux de la dynamique et de la brillance du signal, ce qui n’est pas pour déplaire !

Quand on utilise Trash 2 comme un ampli pour jouer de la guitare ou de la basse directement dans son séquenceur, le nombre, la variété et la qualité des algorithmes permettent de trouver rapidement le ou les sons souhaités et de s’amuser avec l’instrument sans se lasser. Tout est possible, de la saturation type booster à la grosse distorsion type high-gain, de l’overdrive rond au crunch bien sec, de la saturation serrée à la destruction totale du signal – comme qui dirait, y a de l’algo dans l’air !

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Ceux qui souhaitent aller plus loin dans le contrôle de la distorsion, notamment parce qu’ils comptent utiliser Trash 2 sur des instruments variés, par exemple des batteries, percussions, pianos électriques, synthés, etc., voudront explorer plus avant les entrailles du plugin. Et c’est là que les blocs Shape et Filter de chaque étage de distorsion entrent en jeu : quand on charge un algorithme, le graphique carré sous l’onglet Shape affiche la courbe de base de l’algorithme sélectionné (en rouge), la courbe résultant des modifications apportées à la courbe de base (en orange/gris) et la courbe résultant de l’application des deux (en bleu). Remarquez que vous pouvez afficher/masquer chaque courbe à volonté.

C’est beau les courbes, surtout celles qu’on devine sous les étoffes légères des tenues estivales qui habillent les filles dès les premiers rayons de soleil printanier – vous êtes libre d’échanger les « filles » contre des « garçons » ! Mais quand il s’agit d’audio, on apprécie que le repère dans lequel sont tracées ces courbes affriolantes soit légendé. Un coup d’œil dans l’aide (en anglais) du plugin s’impose. On apprend que la moitié supérieure du graphique représente le traitement appliqué à la portion positive de la forme d’onde, la moitié inférieure celui appliqué à la portion négative. On imagine donc avoir quelque chose comme l’amplitude sur l’axe vertical et le temps sur l’axe horizontal, mais ça reste joliment mystérieux, un peu comme les courbes à peine révélées évoquées plus haut.

On dispose de différents outils pour éditer la courbe de base qui, par défaut, se compose de deux segments symétriques, l’un positif et l’autre négatif. Dans le graphique, on peut ajouter un ou plusieurs points de séparation pour décomposer la courbe en segments plus nombreux. Dans chaque segment, un point d’inflexion, appelé point de tension, permet de régler la courbure du segment. Enfin, le graphique fournit deux petits curseurs, l’un vertical, l’autre horizontal, qui agissent sur tous les points de tension. Le premier modifie la profondeur de la courbure des segments, le second l’angle au point de tension, un peu comme le paramètre soft/hard knee d’un compresseur. A droite du graphique, un menu déroulant permet de choisir le type de courbe (Linear, Tension, Square, Triangle, Sine ou Stairs) pour chaque segment. Inutile de s’appesantir sur le fait que ce dernier paramètre modifie radicalement les caractéristiques de la distorsion.

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Trash 2 offre deux fonctions supplémentaires qui s’appliquent à l’ensemble des segments : le bouton Log Mode transpose la forme d’onde de l’échelle linéaire dans l’échelle logarithmique, ce que le graphique confirme visuellement ; le bouton Bipolar permet quant à lui d’éditer la moitié négative de la forme d’onde indépendamment de la moitié positive. Le mode logarithmique donne généralement des résultats intéressants quand on souhaite affiner une distorsion qui « gratte » un peu trop en mode linéaire. Pour sa part, le mode bipolaire permet de travailler la courbe à l’envie, quitte a risquer l’indigestion de bidouillage. Enfin, le bouton DC Offset permet de supprimer toute tension d’offset susceptible d’apparaître avec les courbes bipolaires.

A chaque onglet Shape est associé un égaliseur deux bandes nommé Filter. Il propose deux filtres en plateau pour travailler le bas et le haut du spectre. On édite ces filtres directement dans la représentation graphique carrée, de la même façon que dans les deux sections FILTER. Pour chaque filtre, on peut régler la fréquence de 20 Hz à 20 kHz, l’amplification/atténuation de +27 à -30 dB et la pente de 1 à 0,1.

Bref, il y a de quoi faire, d’autant que tout est disponible en double puisque le second étage de distorsion avec choix de l’algorithme, modules Shape/Filter et paramètres globaux est identique au premier, à ceci près qu’il n’est pas alimenté par l’entrée du plugin mais par la sortie du premier étage de distorsion. A ce stade du banc d’essai, la section TRASH me semble déjà exceptionnellement complète et polyvalente. La preuve, j’en suis déjà à 5 pages de texte et je pleure en pensant que nous n’avons toujours pas abordé la convolution, la compression ni le delay ! Mais en remarquant le bouton Multiband, je comprends que je n’en ai pas fini de la section TRASH.

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La représentation graphique en haut du plugin prend tout son sens avec le module multibande qui offre jusqu’à quatre bandes de traitement indépendantes. Ce grand écran affiche soit la forme d’onde à la façon d’un séquenceur, ce qui permet de visualiser les variations d’amplitude du signal quand on édite le module Shape, soit la courbe de réponse en fréquence de 20 Hz à 20 kHz, qui pourra être utile pour régler l’égaliseur deux bandes. En fait, tant qu’on travaille en large bande, on se passe volontiers de l’afficheur graphique et on décolle les yeux de l’écran pour se détendre et s’en remettre pleinement à ses oreilles. En multibande, l’affichage de la réponse en fréquence devient indispensable car il permet de voir et de modifier les bandes et les fréquences de coupure. Toute l’édition s’effectue directement dans le graphique qui donne également la possibilité d’écouter chaque bande en solo. En repassant à l’affichage de la forme d’onde, on pourra aussi visualiser l’amplitude de la portion de signal contenue dans chaque bande, bien que ce soit généralement superflu. Une fois les bandes de fréquences définies à l’aide du grand afficheur, on peut leur appliquer différentes distorsions. Autrement dit, chaque bande dispose d’une section TRASH complète avec toute sa collection d’algorithmes, ses deux étages de distorsion, ses filtres et ses deux jeux de paramètres globaux, rien que ça !

Avec tout ça, on peut faire plein de choses marrantes, mais aussi et surtout, plein de choses utiles, notamment sur des sources qu’on n’associe pas nécessairement à l’effet distorsion… On peut par exemple saturer (voire distordre) la résonance d’une grosse caisse sans perdre de précision sur l’attaque. Inversement, on peut distordre le médium et saturer l’aigu d’une basse, notamment d’une basse synthétique, tout en conservant un grave propre. La saturation/distorsion multibande est aussi très précieuse pour traiter les instruments à percussion et les pianos électriques, épaissir et enrichir leur son en conservant les détails du jeu du musicien. Et bien entendu, la distorsion multibande fait des merveilles avec les partenaires naturels de Trash 2 , c’est-à-dire une guitare ou une basse électriques, qu’elles soient enregistrées directement dans l’ordinateur à des fins de re-amping ou qu’elles aient été enregistrées en sortie d’ampli.

Trash Convolve en justes noces

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Comme son nom l’indique, la section CONVOLVE est dédiée à la convolution, autrement dit elle applique une réponse impulsionnelle au signal source. Le plugin contient de nombreuses réponses impulsionnelles classées en catégories. La liste des catégories (Amps, Body, Devices, FX, MechAnimal, Tail, Tone et Vowels) illustre bien la diversité des samples fournis qui vont du baffle guitare à un objet ou un espace quelconque. Malgré leur nombre respectable, les baffles et haut-parleurs sont loin d’être majoritaires dans cette liste, ce qui rappelle de nouveau à l’utilisateur qu’il ne doit pas considérer Trash 2 comme une simulation d’ampli instrument. Et ce n’est pas tout : chaque réponse impulsionnelle fournie avec le plugin correspond à trois samples d’une même source enregistrés avec trois types de micro différents : dynamique, à condensateur ou à ruban. Pour passer d’une variante à l’autre, il suffit de cliquer sur les boutons correspondants. Et pour ceux qui en veulent toujours plus, iZotope propose d’ajouter vos propres samples au format Wav ou Aiff à la liste des réponses impulsionnelles.

Après avoir choisi une réponse impulsionnelle, vous pouvez élargir la base stéréo du signal à l’aide de deux curseurs : Separate ajoute un léger décalage entre les deux canaux (attention à la phase !) tandis que Width permet de faire passer progressivement la sortie de la section de convolution de mono à stéréo puis à stéréo x2. Et comme la section TRASH, CONVOLVE dispose de réglages Gain et Mix pour contrôler la part de la convolution dans l’enchaînement des différents traitements appliqués au signal.

A l’usage, la section CONVOLVE colore bien plus le son que je ne l’avais imaginé. Bien entendu, cela s’explique par les nombreuses réponses impulsionnelles fournies, les amplis, baffles, ambiances, objets, voyelles, cris d’animaux, sons et résonances en tous genres, tous affublés de noms très imagés mais plutôt explicites. Beaucoup modifient fortement la réponse en fréquence, les timbres, la dynamique et les transitoires. Bref un peu tout, et c’est bien normal eu égard à la diversité des réponses impulsionnelles fournies. Mais il y a autre chose : même quand elle est mixée très en retrait, la convolution a des répercutions sur la précision sonore. Il se passe quelque chose dans le signal, c’est suspect et indéfinissable. L’équilibre semble modifié et on pense immédiatement à la phase… Bref, aux guitaristes et bassistes qui souhaitent utiliser Trash 2 en re-amping, je conseille de sélectionner la convolution désirée assez tôt pendant l’édition du plugin, tout du moins avant de passer du temps à paramétrer les sections FILTER et TRASH, sous peine de devoir retoucher à tous vos réglages une fois la section CONVOLVE activée. Pour les autres, ceux qui font de la R&D sonore, lâchez-vous : les possibilités sont immenses et les expérimentations aboutissent souvent à des résultats surprenants qui présentent l’avantage d’être encore utilisables dans un cadre musical.

Dynamics, c’est de la dynamite !

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La section DYNAMICS nous ramène en terrain connu : il s’agit d’un étage de traitement de la dynamique classique composé d’un compresseur et d’un gate disposant chacun de réglages de seuil, de ratio, d’attaque et de relâchement. Un module de sélection soft/hard knee définit la caractéristique de la courbe de compression/expansion aux niveaux seuils tandis qu’un sélecteur sous l’afficheur de niveaux détermine le mode de détection (crête/RMS). Les ratios du compresseur et du gate peuvent prendre des valeurs « positives » jusqu’à 30:1, mais aussi des valeurs « négatives » jusqu’à 1:10 qui permettent de faire de la compression vers le haut (upward compression), c’est-à-dire augmenter le niveau du signal quand il est inférieur au seuil. Pour finir, le classique module global fournit les réglages de Gain et Mix, ainsi qu’un bouton Auto Gain qui aligne le niveau du signal traité sur celui du signal source. C’est complet, ergonomique, simple, efficace et ça sonne ! Le compresseur a tendance à manger un peu l’aigu, ce qui est normal et prouve même qu’il traite vraiment tout le spectre audible.

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Mais iZotope ne s’est pas arrêté en si bon chemin et a ajouté un module multibande identique à celui de la section TRASH. On peut donc découper le signal en deux, trois ou quatre bandes de fréquences distinctes que l’on édite directement dans le grand écran graphique. A partir de là, vous disposez d’une section DYNAMICS complète pour chaque bande, et même plus puisque des boutons Sidechain s’ajoutent au compresseur et au gate afin de les déclencher à l’aide d’un signal de commande externe. Ici encore, la chaîne latérale de la version VST2 du plugin ne fonctionne pas dans Cubase et il faudra passer par la version VST3 avec Cubase 4.1 ou plus récent ! Comme ça fait vraiment beaucoup de fonctionnalités, iZotope a eu la bonne idée d’ajouter un mode d’affichage compact (bouton All) qui regroupe tous les paramètres et niveaux de chaque bande sur une seule page. Bravo ! Et soulignons que, une fois encore, on sent vraiment que les personnes qui ont conçu le plugin se sont mises à la place de l’utilisateur et ont privilégié l’ergonomie malgré la flopée de réglages, paramètres, afficheurs et informations. Re-bravo !

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Et puisqu’on parle d’intelligence de conception au service de l’utilisateur, signalons que, lors des changements de filtre (section FILTER), d’algorithme (section TRASH) et de réponse impulsionnelle (section CONVOLVE), les paramètres ne sont ni modifiés, ni réinitialisés. On peut ainsi comparer au mieux les différents résultats et éviter de repartir de zéro dans l’édition. Dans le même ordre d’idées, le module multibande de la section DYNAMICS offre un bouton Link qui permet de lier les paramètres entre bandes. Ainsi, après avoir paramétré les bandes individuellement, on les lie entre elles pour travailler avec un seul jeu de paramètres comme sur un compresseur large bande classique.

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Dans DYNAMICS, le grand afficheur en haut du plugin est encore plus précieux que dans la section de distorsion. Il propose trois modes d’affichage : soit forme d’onde + niveau de gain (en rouge), soit réponse en fréquence + bandes et coupures (comme dans la section TRASH), soit réponse en fréquence + filtre de l’étage de détection. L’égaliseur en question, que l’on règle directement dans le graphique, est un deux bandes en plateau, chaque filtre étant réglable en fréquence (de 20 Hz à 20 kHz) et en qualité (de 0,2 à 5). Une précision pour les profanes de la compression : cet égaliseur n’est pas directement audible car il traite uniquement le signal de commande dont le niveau détermine la réaction du compresseur et du gate. Si l’idée n’est pas neuve – elle est même vieille comme mes robes, elle reste toujours aussi précieuse. Et pourquoi ça ? Parce que le compresseur et le gate réagissent plus au grave qu’à l’aigu. Et re-me-le-me-le pourquoi ? Parce que la plupart de l’énergie du signal est concentrée dans le grave. Quand on traite des sous-groupes ou un mix complet, c’est même la raison principale de l’effet de pompage et de la perte d’aigu générés par les compresseurs large bande, effets que l’on peut contrecarrer dans Trash 2 grâce audit filtre de l’étage de détection… ou à la compression multibande. Une remarque à ce sujet : j’ai très peu utilisé la compression multibande parce que c’est bien gentil d’avoir tous ces paramètres et le souci du détail, mais on aime surtout aller droit au but et avancer dans son mix. En fait, la compression large bande est suffisante, et même très efficace, avec la plupart des signaux hormis un groupe tel qu’une batterie complète. Mais dans ce cas, on choisira souvent un compresseur multibande spécialisé auquel on est habitué. A mon goût, le multibande de la section DYNAMICS relève presque du gadget, contrairement au multibande de la section TRASH.

Le delay qu’est pas laid

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Pour finir, Trash 2 propose une section DELAY qui me plaît beaucoup pour ses sonorités et sa simplicité. On dispose de six delays différents (Tape, Tape/Tube, Analog, Lo-fi Digital, Broken Bit et Digital). Le grain, la couleur et la réponse transitoire changent à chaque algorithme et la palette sonore est très large. On peut régler le temps de delay en unité de temps (de 0,1 ms à 2 s) ou de note quand le plugin est synchronisé au tempo du séquenceur (noire, croche, double-croche, etc., le tout en binaire, triolet ou pointé). Feedback détermine l’évolution du volume des répétitions, et donc aussi leur nombre. En fait le nombre de répétitions est infini et seule la réduction progressive du niveau permet de les interrompre. Et comme Feedback peut aussi amplifier le niveau des répétitions par rapport à celui du signal original, on peut faire sonner le delay indéfiniment. Bruits bizarres garantis, même quand aucune source n’alimente le plugin !

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Width permet d’élargir progressivement le champ stéréo de mono à stéréo puis à stéréo x2 tandis que Trash détermine la dégradation du delay à chaque répétition, sachant que cette dégradation varie en fonction du type de delay choisi. On aura donc de la saturation, de la distorsion ou de la troncation de bits pour notre plus grand plaisir. Pour en finir avec les commandes, des curseurs Dry et Wet permettent de régler le niveau du signal source et celui du delay. Et pourtant, ce n’est pas tout : une fois de plus, le grand écran graphique en haut du plugin apporte son lot de fonctions. Outre la représentation du niveau du signal original et des répétions, il propose un mode d’affichage de la réponse en fréquence qui fournit également un égaliseur deux bandes en plateau à éditer directement dans le graphique. Cet égaliseur est identique à celui de l’étage de détection du module DYNAMICS et traite uniquement le signal d’effet.

N’en jetez plus, j’en redemande !

Comme beaucoup, je connaissais iZotope surtout grâce à Ozone, un plugin d’optimisation audio aux allures de système de mastering complet. Et sur ce plan, Trash 2 présente une génétique semblable : il propose une suite de modules complémentaires et généralement très complets qu’on organise librement au sein du plugin. Trash 2 concourt dans la catégorie des distorsions, mais il est beaucoup plus, à commencer par une distorsion multibande, mais aussi un compresseur/gate multibande, un double égaliseur paramétrique 6 bandes, un delay simple mais qui fait du son et du bon, et même un simulateur d’amplis, d’espaces, d’objets et de tout ce qu’on veut…

Trash 2 fait très bien son boulot en re-amping sur des guitares et des basses, mais aussi pour traiter des instruments déjà amplifiés et même toute une kyrielle de sources comme des percussions, des claviers et pianos, des voix, etc. Les possibilités sont immenses et il est tentant d’exagérer les traitements au détriment du contexte musical. En fait, c’est le risque avec nombre de plugins actuels auxquels les éditeurs ajoutent des fonctions à chaque mise à jour et qui finissent par ressembler à une DAW dans une DAW. Et pourtant, il restera toujours des esprits chagrins pour objecter que certaines fonctionnalités manquent encore à Trash 2 : par exemple le delay ne permet pas de créer de figures rythmiques élaborées, le compresseur fait de la compression vers le haut mais pas de décompression, le double égaliseur pourrait proposer d’autres types de filtres, la chaîne latérale de l’égaliseur, du gate et du compresseur devrait permettre d’utiliser des signaux externes en VST2, etc. A défaut de ces fonctionnalités, et à condition d’aimer la convolution et le sound design, les esprits chagrins pourront toujours enrichir Trash 2 de 70 presets et 30 nouvelles réponses impulsionnelles grâce au pack d’extension Edge Expansion. Tous les autres pourront s’en passer.

Personnellement, je trouve le plugin très bien tel qu’il est, peut-être même déjà « trop complet » sachant que je n’ai quasiment pas utilisé la compression multibande. Quand on a une idée précise des traitements à effectuer sur une piste, Trash 2 permet d’arriver rapidement à ses fins : la qualité audio est bonne, la précision sonore permet de travailler les détails et l’utilisation du plugin est simple et agréable. Inversement, quand on tâtonne sur une piste sans savoir dans quelle direction aller, Trash 2 permet d’essayer efficacement différentes options adaptées à l’environnement musical. C’est certainement ce qui me plaît le plus dans Trash 2 : ce plugin fait du son, un son vivant et chaleureux qui fonctionne très bien avec les sources acoustiques et électriques. Il faut dire que mes goûts musicaux m’ont incité à utiliser Trash 2 sur des instruments enregistrés plutôt que sur des séquences de synthé.

Qu’il s’agisse de la saturation/distorsion, du delay, des égaliseurs ou du compresseur/gate, j’ai toujours réussi à conserver un son organique, certains résultats dépassant même mes espérances. Seule la section à convolution me laisse un peu perplexe. En fait, la bonne qualité audio des différents traitements permet d’utiliser Trash 2 comme un plugin de compression, d’égalisation ou de delay, les autres sections restant désactivées. Et l’air de rien, au fur et à mesure de l’utilisation, Trash 2 s’impose peu à peu. Plus on y goûte, plus on y prend goût et on finit par se dire qu’il est temps de dégraisser quelque peu son répertoire de plugins.

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